Emidio Correia : l'esprit de famille

par LSA IDF / 18 avr. 2021 à 09:08 Mise à jour 20 avr. 2021 à 09:45
Le directeur de l'ESAT de Sannois est du genre à savoir parler aux tripes et à l'âme. En écoutant son message porteur, on respire quelque chose d'antan avec l'actuel rayonnement du beau. Ce footballeur passionné, comme un Platini ou un Eusébio a ciselé de belle manière des trajectoires de vie qui ont atteint leur but.
Enfant actif, joueur, le petit Emidio va quitter son Portugal à l'âge de 10 ans pour découvrir Paris :" Un vrai choc avec tant de monde, de voitures, de bruits." Un sacré dépaysement pour le gosse qui ne parlait pas le français. Le choc culturel est saisissant mais avide de connaissances le nouveau titi parisien s'adapte :" Une sorte d'instinct de survie. J'ai de suite été à l'école et cela a été formateur. J'ai compris ce que représente pour les enfants de quitter leurs attaches." En déménageant à Aulnay, où il est toujours installé, Emidio vit dans le partage " Un milieu multiculturel dans les années 70 où nous étions les uns chez les autres sans barrières avec un respect mutuel pour nos religions, provenances diverses et des parents bienveillants." La belle innocence de l'enfance. " Je m'ennuyais à l'école. Je suivais sans difficulté mais je n'avais pas envie. J'ai quitté très tôt pour travailler comme tourneur-fraiseur. J'ai repris ensuite avec pour objectif de passer le bac et la chance a été au rendez-vous en 1985 où j'ai fait un remplacement dans un centre médico-social"
 Le milieu du handicap lui est inconnu. C'est une découverte, mieux une révélation. " 35 ans après j'y suis encore".
 Il reprend de nouveau ses études pour devenir cette fois éducateur spécialisé, continue son cursus pour devenir directeur d'ESAT. Une trajectoire inattendue mais dictée par un désir très fort d'être à l'écoute et développer le vivre-ensemble :" Je m'éclate dans ce que je fais. On s'apporte mutuellement pour s'enrichir. Tout le monde doit se retrouver dans l'échange. L'évolution a été riche avec les jeunes et adultes. J'ai un besoin d'être sur le terrain. J'aime aussi taper le ballon avec les gars."
Ah le foot ! Lors de son arrivée à l'ESAT deVillepinte celui qui joue à Aulnay s'investit de suite dans le foot adapté. Un nouveau partage de sa passion, une première licence, l'entrée au comité départemental, régional, les titres de champion de France à la pelle. Il entre à la commission nationale en 94, contribue de faire grandir le foot adapté. 
Membre du Pôle France adapté et du groupe de l'équipe de France avec une fonction qui englobe le social et la vie quotidienne, sa capacité d'entrer dans le collectif par l'éducatif ouvre les portes sur une aventure marquante :" Je vis avec le groupe soudé. C'est riche du point de vue humain. Je tente de pousser les jeunes vers le haut. Je suis là pour les aider, pas pour faire à leur place. Les stages, voyages à l'étranger, grands championnats marquent les jalons de l'équipe tricolore dont le titre de vice-champion d'Europe. " C'est prenant. Cela peut prendre jusqu'à trois mois par an de départs de la maison mais j'aime. " Le directeur est un fervent partisan du sport adapté :" La Fédération a fait un sacré bout de chemin. Cela commence à payer. Une évolution colossale pour nos sportifs. Le sport développe de belles valeurs."  
Engagé dans le monde du ballon rond jusqu'en 2025, ce jeune homme de 62 ans, semble se plonger avec ravissement dans cette cure de jeunesse. Là, l'objectif est placé dans le Championnat du monde de futsal en septembre et le Championnat du mnonde qui aura lieu en région parisienne en 2022. Il caresse l'espoir d'être champion du monde avec le team France :"Cela serait une belle récompense pour le groupe et la Fédé."
Quand le ballon est sagement posé dans la remise, le directeur reprend sa panoplie de père de famille "c'est si important" en s'évadant par la course à pied "je ne sais pas toujours après quoi je cours mais j'en ai besoin", s'amuse-t-il. Cet amoureux de photographie, d'archéologie est aussi jardinier et bricoleur à ses heures perdues. On ne résiste pas à la tentation d'émerveiller l'innocence de ce petit garçon de 10 ans venu découvrir le monde des adultes à Paris. Pari réussi pour l'homme qui n'a jamais repoussé les vertus d'intégration en respectant la rectitude et la droiture de sa conduite de vie. Le but a été atteint.

Pascal Pioppi

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